gros


gros

gros, grosse [ gro, gros ] adj., adv. et n.
• 1080; lat. imp. grossus
I Adj.
1(Choses) Qui, dans son genre, dépasse la mesure ordinaire, moyenne. Une grosse pierre. Gros nuage, grosse vague. Grosse goutte. large. Gros paquet, grosse valise. volumineux. Grosse voiture. Gros livre. Grosse écriture, gros caractères. Fruit à grosse peau. épais. Gros arbre. (Animaux) Grosse araignée. Gros chat. « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » (La Fontaine). Un gros poisson. Subst. (collectif) La pêche au gros.
2(Personnes) Qui est plus large ou plus gras que la moyenne des êtres humains. corpulent, empâté, énorme, épais, 1. fort, gras, massif, obèse, pesant, rebondi, replet, rond, rondelet, ventripotent, ventru. Gros et court. 1. boulot , courtaud, trapu. Gros et grand. colossal, important, imposant, fam. maous. « Il était fabuleusement gros [...] , le ventre comme un tonneau » ( R. Rolland). Gros et gras. Un gros homme. mastodonte; fam. éléphant, hippopotame. Un gros père. patapouf, pataud, poussah. Grosse (bonne) femme, grosse fille, grosse dame; grosse dondon, grosse mémère. Fam. baleine, tas. Gros bébé. joufflu, potelé. Être gros comme une vache, une baleine; comme une boule, une barrique, une bonbonne, un tonneau, un pot à tabac, une tour, très gros. Elle est trop grosse, elle voudrait maigrir. Loc. (par allus. au type pop. du Gros-Jean, homme du commun, modeste) Être Gros-Jean comme devant : éprouver quelque désillusion.
(Parties du corps) Un gros ventre. arrondi, bombé, renflé; bedaine, brioche. Avoir une grosse tête. Grosse poitrine. opulent. Grosse figure. plein. Avoir de grosses joues ( joufflu) , un gros nez. Grosses lèvres. charnu, épais. De gros yeux ronds. globuleux. Fig. Faire les gros yeux ( œil, I) . Loc. Chat qui fait le gros dos. Avoir les yeux plus gros que le ventre. Fam. Avoir, attraper la grosse tête.
♢ GROS exprimant les dimensions relatives. Gros comme le poing, comme une tête d'épingle. Fig. Gros comme le bras.
3Spécialt Désignant une catégorie de grande taille (par rapport à une autre). Gros sel. Le gros gibier. Du gros bétail. Les grosses dents : les molaires. Le gros intestin. Une grosse caisse. Gros grains : froment, méteil et seigle. Un gros plan (photo, cinéma). Une grosse cylindrée. Les gros titres (des journaux).
4Qui est temporairement, anormalement gros. Avoir la joue grosse d'une fluxion. enflé. « les yeux gros de larmes » (France). Se sentir l'estomac, le ventre gros. ballonné, gonflé. Fig. Avoir le cœur gros : avoir du chagrin. « Le cœur gros de rancune et de désirs amers » (Baudelaire).
Mar. Grosse mer : mer houleuse dont les vagues s'enflent. Météor. Mer grosse : état de la mer dont la hauteur des vagues est comprise entre 6 et 9 mètres. Mer très grosse (entre 9 et 14 mètres).Gros temps : mauvais temps.
(XIIe) (Après le nom) Vieilli Femme grosse. enceinte; grossesse. Il l'a rendue grosse. engrosser. « C'est ma sœur Lise [...] qui est grosse de six mois » (Zola). La vache est grosse. pleine.
Fig. (fém. ou masc.) GROS DE... : qui recèle (certaines choses) en germe, en puissance. Nuée grosse d'orage. Un fait gros de conséquences. lourd. « Le présent est gros de l'avenir » (Diderot).
5(XIIIe) (Choses) Abondant, important. Grosse averse, grosse chute de neige. Grosse récolte. Gros bourg, gros village. Gros appétit, qui ne se satisfait que par une grande quantité de nourriture.
Spécialt Qui dépasse ou semble dépasser la mesure exprimée. 1. bon (I, C, 1o) . Un gros kilo. Un gros quart d'heure.
Grosse fortune. Grosse somme, gros héritage. considérable, immense, important. Faire de grosses dépenses. excessif. Subir de très grosses pertes. Il a une grosse situation. Grosse affaire. Jouer gros jeu. Gros travaux. grand . Faire de grosses réparations. Gros dégâts. Gagner le gros lot. (Constr.) Gros œuvre (II, 2o). Grosse industrie. lourd. Le plus gros est fait. essentiel, principal.
6(Personnes) Gros buveur, gros mangeur : personne qui boit, mange en très grande quantité. ⇒ grand.
Important par le rang, par la fortune. influent, opulent, riche. Gros propriétaire. Gros capitaliste. Les gros et les petits commerçants. Une grosse héritière. Fam. Gros bonnet, grosse légume.
7Dont les effets sont importants. 1. fort, intense. Une grosse voix, forte et grave. Faire la grosse voix pour gronder qqn. Gros baiser; gros bisous. sonore. Gros soupir. profond. (D'une couleur) Un gros bleu : un bleu soutenu. — Grosse fièvre. violent. Attraper un gros rhume. De gros ennuis. Gros chagrin. Grosse erreur. grave. Littér. Gros mot, qui exprime qqch. de grave. ⇒ grand. « L'honneur [...] Avec toi, tout de suite les gros mots ! » (Anouilh).
8(1265) Qui manque de raffinement, de finesse, de délicatesse. commun, épais, grossier, ordinaire. Avoir de gros traits. Gros drap. Du gros rouge : vin très ordinaire. Gros travaux. pénible. Fig. Gros rire. Grosse plaisanterie. vulgaire. Grosses vérités : vérités premières, admises par tous, évidences. — « des questions de gros bon sens » (A. Gide). simple, solide. — GROS MOT : mot grossier. ⇒ grossièreté. Dire des gros mots. (En attribut) C'est gros comme une maison : c'est énorme, exagéré. Je trouve ça gros. C'est gros, un peu gros : c'est difficile à croire. — Dire des bêtises grosses comme soi.
9Spécialt (pour renforcer une qualification péj.) grand. Gros fainéant. Gros malin. Gros bêta, gros nigaud !
II Adv.
1Dans de grandes dimensions. Écrire gros, avec de gros caractères. On voit gros avec ces lunettes.
Par ext. beaucoup. « Je gagne gros dans mon commerce » (Stendhal). Cela coûte gros. cher. Je donnerais gros pour le savoir. Jouer gros, une grosse somme. Fig. Il y a gros à parier que... : il y a de bonnes raisons de penser que... Risquer gros : s'exposer à de graves difficultés. — Loc. fam. Gros comme une maison : énormément; de manière manifeste, patente, évidente. Ça, on le voyait venir gros comme une maison. En avoir gros sur le cœur, (fam.) sur la patate : avoir du chagrin, du dépit.
2Loc. adv. EN GROS : en grandes dimensions. C'est écrit en gros sur l'écriteau. En grande quantité. Vente en gros ou au détail. Fig. En gros et en détail : dans l'ensemble et dans le détail. — Dans les grandes lignes, sans entrer dans les détails. globalement, grosso modo, schématiquement. Savoir en gros ce qu'est une chose. Dites-moi en gros ce dont il s'agit (cf. En abrégé, en substance). « c'est fort bien en gros et sous réserve de quelques objections » (Duhamel).
III N. A
1 Personne grosse. Un bon gros. Une petite grosse. Fam. Un gros plein de soupe. Mon gros, terme familier à l'adresse d'un enfant ou d'une grande personne (grosse ou non).
2Pop. ou plaisant Personne riche, influente. Les petits payent pour les gros. « Que peut-on gagner [...] à plaider contre un gros ? » (Stendhal).
B N. m.
1(1080) La partie la plus grosse d'une chose. Le gros de l'arbre : le tronc. — La plus grande quantité (de qqch.). Le gros de l'assemblée, de la nation. Le gros de l'armée, des troupes.
2Le moment le plus intense. « Elle tremblait comme au gros de l'hiver » (Aragon). 1. fort. La partie la plus importante. essentiel, important, principal. Le gros d'un travail. Le gros de l'affaire.
3(1704) Commerce de gros, d'achat et de revente en grandes quantités (opposé à détail). Maison, magasin de gros ( grossiste) , de demi-gros. Prix de gros.
4(1586) Gros de Naples, de Tours : tissu (de soie, etc.) à gros grains.
⊗ CONTR. 1. Fin, petit; 1. maigre. Faible; délicat, 1. fin; distingué, recherché. — Détail. ⊗ HOM. Grau.

gros adverbe Indique une quantité élevée, beaucoup, cher : Gagner gros. Il risque gros.gros nom masculin Familier. Personne importante, influente ou riche : Un projet qui vise à faire payer surtout les gros. La partie la plus considérable, l'essentiel de quelque chose : Le gros de la troupe avait passé le pont. Achat de produits par quantités considérables chez le fabricant, et vente par quantités importantes aux commerçants détaillants. Métrologie Ancienne subdivision de la livre française, égale à la huitième partie d'une once, ou 3,824 g. Numismatique Ancienne monnaie française d'argent, instituée par Louis IX en 1266. ● gros (expressions) adverbe Écrire gros, en caractères hauts et larges. En avoir gros sur le cœur ou (dans la langue populaire) sur la patate, avoir du chagrin, du dépit. En avoir gros sur la conscience, avoir de lourdes fautes à se reprocher. ● gros (expressions) nom masculin En gros, dans les grandes lignes, pour l'essentiel : En gros, il a raison. Prix de gros, prix appliqué à de grandes quantités de marchandises (par opposition à prix de détail) et, notamment, aux transactions effectuées dans le commerce de gros. Gros de rue, gros de magasin, vieux papiers de qualité inférieure, réservés à la fabrication de papier d'emballage. Gros de Tours, gros de Naples, espèce de taffetas, mais dont le grain est plus épais (XVIIe et XVIIIe s.). ● gros (homonymes) nom masculin grau nom masculingros (synonymes) nom masculin Familier. Personne importante, influente ou riche
Synonymes :
- (grosse) légume (familier)
- huile (populaire)
Contraires :
En gros
Synonymes :
gros, grosse adjectif (bas latin grossus, épais, du latin classique crassus) Indique le volume, l'épaisseur, la taille dans les comparaisons : Un insecte gros comme une tête d'épingle. Qui dépasse la moyenne de sa catégorie, en volume, en épaisseur : Un gros fruit. Qui a un certain volume relatif, qui est de grande taille par rapport à d'autres ou au reste : Tenir un bâton par le gros bout. Qui a une étendue considérable : Faire une grosse tache sur un livre. Qui est plus large et plus gras que la moyenne ; corpulent : Le gros homme prenait toute la place. Qui est plus large que la moyenne ou que le reste du corps : Avoir de gros bras. Qui dépasse la mesure prévue ou indiquée : Donnez-moi un gros kilo de pommes. Se dit d'un organe dont le volume est relativement ou anormalement supérieur à la moyenne : À l'examen, on constate une grosse rate. Dont la quantité, le nombre, l'abondance, etc., sont relativement considérables : De gros effectifs. Un gros salaire. Dont le degré, le niveau, l'ampleur sont élevés : C'est une grosse faute. Un gros chagrin. Dont la puissance, l'influence dans l'activité représentée sont importantes : Un gros industriel. Une grosse affaire. Indique que quelqu'un atteint un degré très élevé dans ce qu'il est ou fait : Un gros bêta. Un gros malin. Qui manque de finesse, de raffinement : De gros traits. Du gros drap. Qui est grossier, ordinaire : Une grosse plaisanterie. Qui contient quelque chose en puissance : Une décision grosse de conséquences.gros, grosse (expressions) adjectif (bas latin grossus, épais, du latin classique crassus) Familier. C'est (un peu) gros, gros comme une maison, comme une montagne, c'est exagéré, outré, forcé, fabriqué de toutes pièces ; se dit d'une allégation dont la fausseté est par trop évidente. Familier et vieux. Être grosse, être enceinte. Familier. Gros bonnet, grosse légume, personnage important, influent dans son milieu. Gros bon sens, bon sens élémentaire. Gros mot, mot grossier. Grosse mer, mer agitée, houleuse. Gros temps, tempête avec vent violent. Gros murs, murs périphériques, sur lesquels reposent les voûtes, les planchers et les charpentes de toiture. Gros travaux, les premiers travaux dans une construction ; travaux pénibles. Gros vent, vent très frais et très fort. Yeux, regard gros de larmes, au bord des larmes. Yeux, regard gros de menace, qui expriment la menace. ● gros, grosse (synonymes) adjectif (bas latin grossus, épais, du latin classique crassus) Qui dépasse la moyenne de sa catégorie, en volume, en...
Synonymes :
- énorme
- épais
Contraires :
- réduit
Qui a un certain volume relatif, qui est de grande...
Contraires :
- fin
- grêle
- serré
Qui est plus large et plus gras que la moyenne ;...
Synonymes :
- obèse
- pansu (familier)
- rond (familier)
- rondelet (familier)
- rondouillard (familier)
- ventripotent (familier)
Contraires :
- décharné
- efflanqué
- émacié
- étique
- frêle
Qui est plus large que la moyenne ou que le...
Synonymes :
- ballonné
- boursouflé
- enflé
- exorbité
- gonflé
- soufflé
Contraires :
Qui dépasse la mesure prévue ou indiquée
Synonymes :
Dont la quantité, le nombre, l'abondance, etc., sont relativement considérables
Synonymes :
- considérable
- coquet (familier)
- faramineux (familier)
- joli (familier)
- rondelet (familier)
Contraires :
- minable (familier)
- piètre
Dont le degré, le niveau, l'ampleur sont élevés
Synonymes :
- sérieux
- sévère
- vif
Contraires :
- léger
- véniel
Dont la puissance, l'influence dans l'activité représentée sont importantes
Synonymes :
- considérable
Contraires :
- médiocre
Indique que quelqu'un atteint un degré très élevé dans ce...
Synonymes :
- bon
Contraires :
Qui manque de finesse, de raffinement
Synonymes :
Contraires :
- délicat
- fin
Qui est grossier, ordinaire
Synonymes :
Contraires :
- distingué
- fin
- précieux
- raffiné
Qui contient quelque chose en puissance
Synonymes :
- sérieux
Contraires :
- léger
gros, grosse nom Personne corpulente : Les hommes préfèrent les grosses. Familier. Terme d'affection : Ça va, ma grosse ?

Gros, grosse
adj., adv. et n.
rI./r adj.
d1./d Dont la surface ou le volume est supérieur à la moyenne. Un gros chat. Faire de grosses taches. Imprimé en gros caractères.
(Afr. subsah.) Gros mil.
d2./d (Personnes) Corpulent. Un gros garçon.
Subst. Un gros, une grosse.
|| (Parties du corps.) Avoir de grosses mains.
|| (Afr. subsah.) Avoir de gros yeux, de grands yeux.
d3./d Loc. fig. Avoir le coeur gros ou (Belgique) en avoir gros sur le coeur: avoir de la peine.
Grosse voix: voix forte.
Faire les gros yeux: froncer les sourcils (pour intimider un enfant).
(Afr. subsah.) Grosse note: bonne note.
(Afr. subsah., Djibouti) Gros mot: mot savant.
d4./d MAR Mer grosse, dont les vagues atteignent en moyenne 6 à 9 m (très grosse, 9 à 14 m). Gros temps: mauvais temps.
d5./d Important. Jouer gros jeu. Un gros entrepreneur. Décrocher, gagner le gros lot.
Fam. Un gros bonnet, une grosse légume: un personnage important.
(oc. Indien) Un gros planteur: un riche propriétaire terrien exploitant la canne à sucre et possédant, seul ou en copropriété, une sucrerie.
d6./d Gros oeuvre: V. oeuvre.
d7./d Grossier, sans finesse. Du gros vin, (Fam.) du gros rouge. Gros rire, vulgaire. Grosses vérités: évidences. Cet argument est un peu gros. Cette histoire est un peu grosse, peu crédible.
|| Gros mot: mot grossier.
rII./r adv.
d1./d Beaucoup. Gagner gros. Il y a gros à parier que...
d2./d En grand. écrire gros.
d3./d Loc. adv. En gros: par grandes quantités (par oppos. à au détail). Vendre en gros et au détail.
Sans donner de détails. Racontez l'histoire en gros.
rIII/r n. m.
d1./d Partie la plus importante de qqch. Le gros des troupes. Le gros de l'affaire.
d2./d (Par oppos. à détail.) Commerce de gros. Faire un prix de gros.
————————
Gros
(Antoine, baron) (1771 - 1835) peintre français; élève de David, précurseur du romantisme (les Pestiférés de Jaffa, 1804, Louvre).

I.
⇒GROS1, GROSSE, adj.
I. — Qui dépasse la mesure considérée comme moyenne, normale.
A. — Qui a beaucoup de volume.
1. [En parlant d'une chose dont on apprécie soit le volume, soit l'épaisseur ou la section] En ce moment un gros nuage passait sur la lune et une nuit complète enveloppait les maisons (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p. 162). Il était au lit, le torse serré dans un gros chandail de laine, et il lisait à la lueur d'une bougie, car il était, de nous tous, le plus humblement installé (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 136). Mme Krioukov portait une blouse comme les babas, mais elle avait (...) de gros diamants aux oreilles (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 295) :
1. À Paris, feignant de me restreindre aux Nuits de Musset, je m'installai devant le gros volume contenant ses œuvres complètes, je lus tout son théâtre, Rolla, la Confession d'un enfant du siècle.
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 111.
SYNT. Gros arbre, gros dossier, gros paquet, gros tas; grosse goutte, grosse pierre, grosse vague, grosse voiture; du gros carton, du gros cuir; grosse couverture; gros anneau, gros bâton, gros fil; grosse aiguille, grosse corde.
Spécialement
a) Grosse écriture. Écriture ample ou composée de lettres dont le tracé est épais. L'enveloppe portait bien son nom, et son adresse, d'une grosse écriture paysanne, avec des jambages qui se culbutaient comme des capucins de cartes (ZOLA, Page amour, 1878, p. 857).
b) TYPOGR. Gros caractère. Caractère de grandes dimensions et formé de traits plus larges que les caractères ordinaires (cf. LECLERC, Nouv. manuel typogr., 1932, p. 51).
Usuel, au plur. Le 4 août 1914, dépliant un numéro du Matin, je lus en gros caractères « l'Allemagne déclare la guerre à la France » (BERGSON, Deux sources, 1932, p. 166).
c) Souvent au plur. Gros titre. Dans les journaux, titre imprimé en gros caractères pour attirer l'attention des lecteurs. Mais déjà j'avais lu les gros titres, puis les moyens. Déjà je savais que le fils de Kipling était tué (GIRAUDOUX, Suzanne, 1921, p. 162).
2. [En parlant d'une pers.] Dont la corpulence est supérieure à la moyenne. Gros bébé, gros garçon, gros monsieur; grosse dame, grosse femme, grosse fille. La bonne mère Orchel, grosse et grasse, avec sa coiffe de taffetas noir, son tablier blanc et ses gros bras ronds sortant des manches de chemise (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 44). C'est un gros homme sympathique et tout rond, qui porte allégrement une tête de bonze chinois (T'SERSTEVENS, Itinér. esp., 1933, p. 84).
Emploi subst.
a) Personne corpulente. Les gros et les maigres; un petit gros; un gros plein de soupe (pop. et péj.).
b) P. ext., fam. [P. réf. au fait que l'embonpoint est généralement associé à une certaine douceur de caractère] Un bon gros. Personne simple, au caractère facile.
♦ [Terme d'affection] Mon gros; mon pauvre gros. Ah! mon pauvre gros, mon pauvre gros, ce que vous devez vous embêter! (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 274). Oh! tu sais, mon gros, moi, le mariage (...) ça ne m'emballe plus. Je demande à réfléchir (MAURIAC, Anges noirs, 1936, p. 200).
3. En partic. [En parlant d'une partie du corps] Qui est particulièrement développé. Avoir un gros nez, un gros ventre, une grosse figure; gros doigts, gros membres, gros sourcils, gros yeux; grosses lèvres, grosses narines. Pareil à un satyre, dansait en bras de chemise le petit homme à ventre rondelet, avec ses gros mollets et sa barbe court frisée (MONTHERL., Songe, 1922, p. 41).
Fam. Avoir les gros bras (vieilli). ,,Être redoutable`` (ESN. 1966).
P. méton. Gros(-) bras.
a) Dur, casseur. Cf. bras I B 2 a.
b) SPORTS. Champion de conduite. Cf. bras I B 2 a.
c) Homme énergique, chargé d'assurer l'ordre dans un meeting, une manifestation ou de veiller sur la sécurité d'un personnage important. Bien des parlementaires (...) préfèrent recruter eux-mêmes, moyennant rémunération, des « gros-bras », pour leur servir de gardes du corps ou protéger les colleurs d'affiche (Le Nouvel Observateur, 3 nov. 1969, p. 53).
d) Chauffeur de poids lourd. Autrefois les « gros-bras » au volant des « gros culs », c'étaient les seigneurs. « Je roule pour vous » proclamaient fièrement les pancartes fixées à l'arrière de leurs camions (L'Express, 20 août 1973).
Pop. Attraper, avoir la grosse tête. S'attribuer un rôle éminent, être vaniteux. Quand je sens que j'ai la grosse tête, je fais mon auto-critique (B. LARSEN ds Elle, 29 déc. 1969, p. 73, col. 3-4). Servi par une publicité fantastique qu'il méritait à ses débuts, Kenzo ou, sinon lui-même, ceux qui l'entourent, sont guettés aujourd'hui par un mal incurable : attraper la grosse tête (K.-D. KAUPP ds Le Nouvel Observateur, 8 nov. 1971, p. 51, col. 2).
P. méton. Grosse tête. Personnage important ou influent. Travaillée par les courants nouveaux ou rénovés issus de la Ve République, riche, comme elle le fut avant guerre, de « grosses têtes » politiques de renom national, l'Auvergne entend prendre sa part du gâteau économique (B. HARTEMANN ds L'Express, 23 juin 1969, p. 40, col. 1).
Loc. fig., fam. Faire les gros yeux (à qqn). Fixer quelqu'un d'un air sévère, en partic. un enfant, pour le menacer ou le réprimander. Quand elle était fâchée, elle me « faisait les gros yeux »; je redoutais cet éclair orageux qui enlaidissait son visage (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 10).
4. [En parlant d'un animal] Qui, par sa taille, dépasse la moyenne. Gros chat, gros chien, gros insecte, gros oiseau; grosse araignée. Un gros bœuf coûtait huit piastres; un cochon pesant cent cinquante livres, en coûtait quatre (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 38).
Fam., loc. [Le suj. désigne un chat] Faire le gros dos.
Au fig. [Le suj. désigne une pers.] Se laisser aller à la satisfaction que procurent des paroles flatteuses, une situation agréable. Sous cette avalanche de compliments, il faisait le gros dos (Ac. 1932) :
2. C'est une bibliothèque en plein air [les bouquinistes] (...). On peut lire, flâner, se balader, rêvasser, faire le gros dos au soleil, zyeuter les passantes, apprendre tout sans avoir l'air de rien...
CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 325.
B. — Qui, par son volume ou ses dimensions, est supérieur à une chose ou à un être de même sorte, de même nature.
1. [En parlant d'une chose] Gros pain, gros sel. Assaisonnez de sel, gros poivre et muscade (Gdes heures cuis. fr., A. Dumas, 1872, p. 174). Nous voici dans une cour oblongue sablée de gros sable de rivière (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 968).
Spécialement
a) AGRIC., au plur. Gros grains. ,,Le froment, le méteil et le seigle`` (Ac. 1932).
b) ARMÉE
Grosse artillerie. Artillerie d'un fort calibre. Le siège [de Lwow], en effet, ne fut pas poussé avec vigueur, les cosaques n'avaient ni ingénieurs ni grosse artillerie (MÉRIMÉE, Cosaques d'autrefois, 1865, p. 86).
Grosse cavalerie. Cf. cavalerie I A. Au fig. Ce qui manque de finesse. Nous allons le soir au bordel de Strasbourg : des femmes à soldats, la grosse cavalerie de la prostitution (GONCOURT, Journal, 1860, p. 791).
c) BÂT., au plur. Gros murs. Murs qui forment l'enceinte d'un bâtiment et, de ce fait, portent les combles et éventuellement les voûtes. Les gros murs et le toit sont à la charge de tous les propriétaires, chacun en proportion de la valeur de l'étage qui lui appartient (Code civil, 1804, art. 664, p. 121).
d) CIN. Gros plan. ,,Détail, normalement petit, très grossi, occupant la totalité de l'écran`` (CHAM. 1969). Sa plasticité [de la lumière] offre les mêmes ressources que la mobilité d'une caméra. Le monologue cerné par un projecteur a la valeur expressive d'un gros plan (SERRIÈRE, T.N.P., 1959, p. 98).
Au fig. ,,Représentation détaillée d'un phénomène limité, d'une réalité partielle`` (GILB. 1971).
e) MUS. Grosse caisse. Cf. caisse B 1 b.
f) TRANSPORTS
Gros cube. Motocyclette de grosse cylindrée. La clientèle des vrais « gros cubes » c'est-à-dire les 75 cm3 (L'Express, 7 sept. 1970, p. 61).
Gros(-)cul (pop.). Gros camion. Les routiers sont sympas. Ils parcourent l'Europe à bord de leur gros cul (Le Point, 2 déc. 1974, p. 23).
Grosse cylindrée. Cf. cylindrée.
2. [En parlant d'êtres animés] Les gros mammifères.
Gros bétail. Cf. bétail A spéc. 2.
CHASSE. Gros gibier ou, p. ell., le gros. Cf. gibier A 1. Agoutis, kangourous, sangliers, porcs sauvages pour le gros gibier, canards, tétras, coqs de bruyère, jacamars, bécassines pour le petit (VERNE, Île myst., 1874, p. 543).
En partic. Grosse bête. Sanglier (cf. M. LENOBLE-PINSON, Le lang. de la chasse, Bruxelles, 1977, p. 23).
Au fig. :
3. — Une première présidence, un canal, un siège à la cour de cassation, tout cela est pris, monsieur Paturot; c'est le gros gibier; il n'y a que les hommes politiques qui y touchent; le conseil des ministres y pourvoit.
REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 349.
3. [En parlant de certaines parties du corps humain] Le gros doigt (le pouce); les grosses dents (les molaires). Dans les chiens (...). Les gros intestins n'ont guères plus de diamètre que les grêles (CUVIER, Anat. comp., t. 3, 1805, p. 485). Ses pieds sont larges, le gros orteil en prolonge presque la ligne intérieure, bien détaché du second doigt, comme il convient (MONTHERL., Olymp., 1924, p. 265).
C. — [Avec un terme de comparaison, pour exprimer les dimensions relatives]
1. [de qqc.] Gros comme une tête d'épingle, comme une montagne. Un caillou gros comme le poing; un rocher gros comme une maison. Les noyers gros comme des meules jetaient de l'ombre et de la fraîcheur (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 245).
2. [d'un être animé] La cathédrale vivait (...). Parfois, perdu dans le bleu, à peine gros comme une mouche, un corbeau se lissait les plumes, à la pointe d'une aiguille (ZOLA, Rêve, 1888, p. 59).
P. exagér. [En parlant de qqn] Son allure timide (...) sa tête grosse comme le poing (...) lui donnaient (...) l'aspect d'une volaille plumée (A. FRANCE, Balth., Œuf rouge, 1889, p. 134). Elle était très gentille, maman (...) de dix ans plus jeune que son âge et grosse comme deux liards de beurre, mais maîtresse femme (COURTELINE, Linottes, Pendule, 1890, III, p. 186).
D. — Qui dépasse son volume habituel.
1. [En parlant d'une chose] Qui est ou semble temporairement plus volumineux. Les rivières que la route traverse, grosses et grondantes, roulent des eaux toutes rouges (BOURGET, Ét. angl., 1888, p. 171).
MARINE
Grosse mer. Mer très agitée qui s'enfle et produit de grosses vagues :
4. Mais ce ne fut pas seulement la barre qui imprima ces mouvements de roulis et de tangage au navire, ce fut aussi la mer qui, au large, se trouva être assez grosse.
MALOT, Sans fam., 1878, p. 284.
Gros temps. Mauvais temps, avec vent violent et vagues fortes. Naviguer par gros temps (Ac. 1932). Les navires sont à coup sûr perdus, qui par les gros temps viennent s'échouer sur ces tapis de sable (VERNE, Enf. Cap. Grant, t. 1, 1868, p. 250).
2. [En parlant d'une partie du corps humain] Qui est anormalement gros. Synon. enflé, gonflé. Avoir la joue grosse d'une fluxion (Ac. 1835-1932).
Expressions
Avoir les yeux gros de larmes. Être sur le point de pleurer. Vous souffrez ou vous êtes amoureux, et, un de ces jours, vous viendrez, les yeux gros de larmes, me faire vos confidences (DU CAMP, Mém. suic., 1853, p. 125).
Avoir les yeux gros de sommeil. Avoir les yeux gonflés par l'excès ou le manque de sommeil :
5. Le dormeur venait de s'éveiller. Les yeux encore gros de sommeil, ayant aux lèvres ce sourire vague du réveil (...) il tendit les bras vers la jeune femme qui s'approchait.
ZOLA, M. Férat, 1868, p. 23.
Expr. fig.
Avoir le cœur gros de soupirs. ,,Avoir besoin de se soulager le cœur en poussant des soupirs`` (Ac. 1932).
Avoir le cœur gros (de larmes, de regrets), avoir gros cœur. Avoir du chagrin, de la peine. Tu ne vois donc pas que ta fille a le cœur gros quand elle revient de là-bas, qu'elle passe des heures à rêvasser à la fenêtre? (A. DAUDET, Fromont jeune, 1874, p. 35). Depuis ce matin je ne fais que penser à Deville, au vieux temps et à tous ceux qui ne sont plus. Mon cœur est gros de larmes (FLAUB., Corresp., 1879, p. 219).
Fam., vieilli. Cela fait gros cœur. Cela fait de la peine. Notre pauvre petit canot, ça me fait gros cœur, de l'avoir vu périr comme ça! (MAUPASS., Sur l'eau, 1888, p. 350).
3. Au fém., pop., vieilli. [En parlant d'une femme] Qui est en état de grossesse. Une femme grosse; être grosse d'un premier enfant. Être grosse à pleine ceinture (Ac. 1835-1932). Pensez, au jour d'à présent, on n'a qu'à lâcher une fille le soir pendant un quart d'heure pour qu'elle vous rentre grosse (AYMÉ, Vaurien, 1931, p. 46) :
6. Pourtant, depuis le matin où Bastienne, pâlissant pendant la leçon de danse, avoua, avec une simplicité paysanne : « Madame, c'est que je suis grosse! » la maîtresse de ballet la ménage.
COLETTE, Music-hall, 1913, p. 129.
Au fig. [En parlant d'une chose] Être gros de. Porter les germes de choses à venir. Un silence gros de menaces; un événement gros de conséquences. Une nuée grosse d'orage (LITTRÉ). Ses livres [de d'Annunzio] sont des récits d'une ou deux journées, dont chaque minute est grosse d'un monde d'événements (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 85) :
7. Ah! madame la vicomtesse! j'avais bien raison, vous le voyez, quand je vous disais : patience, ne désespérez pas; l'avenir est gros de cachemires, d'écrins brillants, de petits soupers, etc.
MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 248.
II. — Qui est considérable.
A. — [En parlant d'une chose]
1. Qui dépasse la mesure ordinaire, par son importance ou le caractère essentiel de son objet. Une grosse nouvelle. Un gros attroupement, une grosse escorte (LITTRÉ). Nous avons de gros événements. Le ministère est tombé (MAUPASS., Bel-Ami, 1885, p. 283). Une reconnaissance aérienne avait signalé (...) de gros rassemblements dans la région de Chimay et de Rocroi (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 331) :
8. Au fond, je n'ai vu applaudir sur aucun théâtre, je n'ai vu applaudir un acte comme j'ai vu applaudir la Cour d'Assises, et incontestablement, La Fille Élisa est le plus gros succès qu'ait jamais eu le Théâtre-Libre.
GONCOURT, Journal, 1890, p. 1288.
SYNT. Gros bourg, gros village; grosse maison de confection, grosse usine; gros dégâts, gros travaux; grosses difficultés, grosses récoltes.
BÂTIMENT
a) Gros-œuvre. ,,Ensemble des ouvrages assurant la stabilité, la résistance et la protection d'une construction`` (BARB.-CARD. 1971).
b) Grosses réparations. Réparations qui concernent les parties essentielles d'un bâtiment, telles que les gros murs, les voûtes, la couverture. Les grosses réparations sont à la charge du propriétaire, et les menues à celle du locataire (Ac. 1835-1932). Mais Monsieur (...) demanda pour eux la salle du Palais-Royal. Le roi la leur donna, et M. de Ratabon reçut ordre exprès de faire les grosses réparations (A. FRANCE, Génie lat., 1909, p. 116).
2. Qui dépasse la mesure ordinaire par sa valeur en argent. Négocier un gros contrat, traiter un gros marché; subir de grosses pertes. Prêter à grosse usure, à gros denier (Ac. 1798-1932). C'est étrange et effrayant comme nous commençons à nous habituer et à nous familiariser avec les plus gros prix et les sommes les plus grandement rondes (GONCOURT, Journal, 1857, p. 336). Tous les gouvernements (...) même dans les pays qui ont les plus gros budgets d'armements, sont manifestement d'accord pour considérer la guerre comme la pire des éventualités (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 130) :
9. Nucingen laissa donc échapper devant Du Tillet l'idée pyramidale et victorieuse de combiner une entreprise par actions en constituant un capital assez fort pour pouvoir servir de très gros intérêts aux actionnaires pendant les premiers temps.
BALZAC, Mais. Nucingen, 1838, p. 633.
SYNT. Gros capital, gros héritage, gros placement, gros pourboire, gros salaire; gros appointements, gros bénéfices, gros profits; grosse amende, grosse fortune, grosse somme, grosses dépenses.
DROIT MARITIME Prêt à la grosse aventure ou, p. ell., à la grosse. Cf. aventure B 1 b.
JEUX
a) Gros lot. Le plus important que l'on puisse gagner à une loterie :
10. ... je ne crois plus au bonheur, à la joie, à la paix. Ou, quand il m'arrive d'espérer encore, c'est de la même façon qu'on rêve au gros lot quand on a pris un billet de loterie, sans y croire.
DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 122.
Au fig. Événement fortuit qui procure de grands avantages, qui a d'heureuses conséquences :
11. ... aux yeux de certains Français, aujourd'hui, le châtiment suprême compte seul. La condamnation au bagne fait hausser les épaules. À les entendre, on dirait qu'un forçat a gagné le gros lot. Dix ans de détention? En voilà un qui a de la chance!
MAURIAC, Bâillon dén., 1945, p. 456.
b) Expr. Jouer gros jeu. Engager des sommes d'argent importantes dans un jeu de hasard ou un pari. Quelqu'un du ministère avait suggéré que Gustave jouait aux courses assez gros jeu (ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 216).
3. Qui dépasse la mesure exprimée ou en donne l'illusion. Gros kilo; grosse demi-heure. Tu deviens furieusement maussade. Il y a un gros quart d'heure que tu n'as ouvert la bouche. As-tu donc envie de te faire chartreux? (MÉRIMÉE, Chron. règne Charles IX, 1829, p. 41).
B. — 1. [En parlant d'un phénomène physique] Qui atteint une forte intensité. Gros orage; grosse averse, grosse chaleur, grosse chute de neige, grosse houle. Moi je suis toujours à me dire qu'il ne doit rien y avoir de plus plaisant que d'être tranquillement assis dans un office toute la journée (...) à l'abri du froid et du gros soleil (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 170) :
12. ... les vagues lourdes s'attendaient, prenaient leur élan, et, avec un gros bruit déchargeaient leur fardeau d'écume sur le sable assombri.
LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 259.
2. [En parlant d'une manifestation physique ou psychique] Qui présente un certain degré d'intensité ou de gravité. Gros rhume, gros sanglot, gros soupir; grosse colère, grosse déception, grosse émotion, grosse fièvre. Ce sera un gros chagrin pour moi s'il faut quitter cette vieille maison où j'ai de si tendres souvenirs (FLAUB., Corresp., 1875, p. 220). Elle dormait de son gros sommeil de jeunesse, elle n'entendait pas même les meubles craquer (ZOLA, Rêve, 1888, p. 102). Bons gros baisers d'enfants, légers Baisers danseurs (VERLAINE, Œuvres compl., t. 2, p. 171) :
13. ... — Est-ce que M. Fasquelle est malade? « Oui, Monsieur; une grosse grippe : il en a pour quelques jours à garder le lit. Sa fille est arrivée ce matin de Dunkerque. Elle s'installe ici pour le soigner. »
SARTRE, Nausée, 1938, p. 108.
Gros appétit. Appétit qui réclame une grande quantité de nourriture pour être satisfait :
14. Et Rose, dans sa camisole brodée, au milieu des linges garnis de dentelle, mangea d'un gros appétit (...). — Oh! l'estomac va bien, ce n'est pas l'estomac qui est malade, répétait-elle en trempant ses tartines.
ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 212.
La grosse faim. ,,La faim la plus pressante`` (Ac. 1798-1932). Leur grosse faim s'était apaisée, et ils ne mangeaient plus que d'un air alangui, coupant le fromage par petits morceaux, pour faire durer le régal (ZOLA, Bête hum., 1890, p. 13).
Grosse voix. Voix grave et forte. Ce sifflement des grosses voix qui veulent se contenir (A. DAUDET, Jack, t. 2, 1876, p. 223). Elle demanda d'une voix un peu grosse et moins suave que sa bouche (A. FRANCE, Anneau améth., 1899, p. 89).
Faire la grosse voix. Forcer sa voix, prendre un ton grave et sonore pour réprimander ou menacer :
15. Force gendarmes et mouchards à Saint-Malo, les voyageurs fouillés jusqu'aux bottes (...), le sous-préfet faisant la grosse voix, menaces de prison à quiconque passera Napoléon-le-Petit; une terreur énorme de ce petit livre.
HUGO, Corresp., 1852, p. 128.
En partic., vx. Le gros mal. L'épilepsie. Il se coucha par terre en sanglotant, en arrachant l'herbe avec ses mains et en s'en couvrant la figure, comme s'il fût tombé du gros mal (SAND, F. le Champi, 1848, p. 36).
3. [En parlant d'un acte, d'un fait du domaine intellectuel ou mor.] Qui est grave ou susceptible de conséquences fâcheuses. Gros ennuis, gros soucis; commettre une grosse erreur, une grosse faute; faire un gros effort, un gros sacrifice. Il servait parfois de secrétaire aux dames de la halle, mais c'était se mêler à des complots royalistes et les risques étaient gros (A. FRANCE, Dieux ont soif, 1912, p. 157) :
16. Si un vase de bois peint portant des fleurs artificielles n'était pas bien nettement placé en symétrie sur l'autel, il croyait que la messe ne valait rien, allait bien vite se confesser de ce gros péché au curé...
STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 40.
Grosse affaire. Affaire fâcheuse et qui peut avoir de graves conséquences. Il s'est mis sur les bras une grosse affaire (Ac. 1878-1932).
C. — [En parlant d'une pers.]
1. [Avec un subst. précisant la profession ou la position sociale] Dont la richesse, la puissance économique ou sociale, l'influence est considérable. Gros banquier, gros bourgeois, gros capitaliste, gros commerçant, gros fermier, gros industriel, gros propriétaire; grosse héritière. Des calèches dans lesquelles on se montrait les gros personnages de la cour (G. LEROUX, Roul. tsar, 1912, p. 45) :
17. Mlle Abbatucci (...) est le type parfait de la jeune fille du régime impérial (...). Ses rêves matrimoniaux convoitent un jeune gros fonctionnaire ou, à défaut de ce fonctionnaire, un marquis ou un comte remontant simplement jusqu'aux croisades.
GONCOURT, Journal, 1874, p. 1011.
Emploi subst., gén. au plur., pop. Personne riche, influente. Si vous me laissez encore crever de faim, vous me forcerez à faire un mauvais coup. Tant pis pour vous autres, les gros (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Vagabond, 1887, p. 675) :
18. — ... Toi, t'es un fils de gros, fit-elle, mais elle n'apportait aucun mépris (...) seulement la surprise de se trouver enfin devant un de ces « gros » dont elle s'était fait une tout autre image à travers les paroles de son père.
VIALAR, Odeurs et sons, 1953, p. 74.
Pop. Gros bonnet. Personnage important, dans un domaine quelconque (cf. bonnet B 1). Le crucifix fut définitivement supprimé du « matériel scolaire », selon la gracieuse expression de je ne sais plus quel gros bonnet municipal (COPPÉE, Bonne souffr., 1898, p. 172).
Grosse légume. Personnage important, en particulier dans la hiérarchie militaire :
19. Et le directeur est un vrai génie! Il aurait dû devenir diplomate. On en raconte des histoires, à ce sujet. Par exemple, tenez, d'un jour à l'autre, on attend la venue ici, au second étage, d'une grosse légume.
CAMUS, Cas intéress., 1955, 2e temps, 10e tabl., p. 702.
[Avec un subst. désignant un ensemble de pers., une catégorie sociale] La grosse bourgeoisie. Les vrais girondins mettaient la liberté par-dessus tout. Ils représentaient la grosse bourgeoisie, le grand commerce de mer, les grandes fabrications, enfin les richesses de toutes sortes (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 75).
Grosse maison (vx). ,,Une famille considérable par sa fortune et son importance`` (LITTRÉ).
P. méton. Avoir une grosse situation dans l'industrie; occuper une grosse position dans le monde :
20. ... s'ils sont si petits, quand il s'agit d'être attaqués, d'être commentés, d'être critiqués, pourquoi se sont-ils fait de si grosses places dans l'État.
PÉGUY, Argent, 1913, p. 1198.
P. anal., pop. Les paysans eux-mêmes, jaloux de voir un d'entre eux faire ce qu'ils appellent un gros mariage, me poursuivraient de leur blâme et de leurs moqueries (SAND, Meunier d'Angib., 1845, p. 128).
2. [Avec un subst. désignant une aptitude, une qualité] Qui est remarquable par cette faculté. Sa mère, une grosse travailleuse, morte à la peine, qui avait servi de bête de somme au père Macquart pendant plus de vingt ans (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 408) :
21. ... mon père, qui a été un moment président de la Société des 100 kilos parce qu'il en pesait 150, était non seulement un bambocheur gros mangeur et gros buveur qui tenait tête à n'importe qui à table, mais était aussi un gastronome avisé...
CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 197.
Gros joueur. ,,Un homme qui joue gros jeu`` (LITTRÉ).
En partic., fam. [Pour renforcer une qualification péj.] Gros cochon, gros malin (p. iron.), gros nigaud, gros paresseux, gros vilain; grosse gourde, grosse gourmande. J'ai suivi les conseils de ce gros bêta de notaire, au demeurant le meilleur des hommes (ROMAINS, Knock, 1923, II, 5, p. 13). III. — Qui est rudimentaire.
A. — [En parlant d'un obj., d'un produit] Dont la qualité est médiocre, dont la fabrication est rudimentaire mais solide. Gros pain, gros vin; grosse étoffe, grosse laine, grosse toile, grosse veste; gros souliers. Il aimait le gros cidre, les gigots saignants (FLAUB., Mme Bovary, t. 1, 1857, p. 25). Les assiettes dont ils se servent sont en grosse faïence et laissent lire sur leur fond blanchâtre et fendillé une maxime morale tirée des livres saints (DU CAMP, Hollande, 1859, p. 205). Le tablier gris des orphelins, ce tablier de gros coutil qui était comme la couleur même de leurs journées sans tendresse (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 247).
Arg. et pop.
Gros bleu, gros rouge, gros-qui-tache. Vin de médiocre qualité, âpre et peu corsé. Les émanations du gros bleu et des vins de liqueur délicatement nuancés lui montent à la tête (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 153). Trois minutes plus tard, venu du bistrot d'à côté, le gros rouge était là (VIALAR, Morts viv., 1947, p. 32). Le pousse-au-crime, le gros-qui-tache (J.-P. CHABROL, L'Embellie, 1968, p. 304 ds CELLARD-REY 1980, s.v. rouquemoute).
Gros tabac, p. ell., gros. Tabac de coupe grossière. Fumer du gros. L'idée lui vint qu'elle fumait peut-être et qu'elle aurait du plaisir à fumer, mais il n'avait que son gros tabac, et il lui acheta des cigarettes fines (RAMUZ, A. Pache, 1911, p. 192).
Gros cul. Tabac de troupe. Cf. cul III B mar.
Gros bleu, gros vert. Bleu foncé, vert foncé. Le deuil de nos paysannes admet le gros bleu, le gris, le gros vert, le violet, le brun, le puce et le marron (SAND, Corresp., t. 2, 1842, p. 204).
Le gros ouvrage, la grosse besogne, les gros travaux. Travaux pénibles et, en particulier, les plus fatigants des travaux ménagers. Elle s'était emparée de tout un carré du jardin; elle bêchait, plantait des légumes, arrosait. Les gros travaux étaient sa joie (ZOLA, Conquête Plassans, 1874, p. 1080). Le ménage était vite fait, dès le matin, elle avait une fille qui venait pour le gros ouvrage, et la maison n'était pas grande (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 34) :
22. FRANÇOIS : Je ferai observer à M. le Comte que je suis tout seul pour faire l'ouvrage... ÉMILE : C'est vrai... mon cocher m'a quitté... Je compte en prendre un autre... il t'aidera pour la grosse besogne...
LABICHE, Choix gendre, 1869, 8, p. 377.
B. — Au fig.
1. [En parlant des caractéristiques physiques ou psychiques d'une pers. ou de leur manifestation] Gros rire, gros traits; grosse plaisanterie. Je suis resté trois jours sans sortir, constamment occupé à lire un ouvrage de M. Grimm (...) ce qui m'a beaucoup plus amusé que les masques et que la grosse joie allemande (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1827, p. 430). Ces gens-ci ne comprennent pas assez les finesses de la langue française pour sentir les finesses de mes observations; il leur faut du gros esprit de commis-voyageur (STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 26). Un gros et lourd accent de province (GONCOURT, Journal, 1860, p. 698) :
23. Si j'écrivais pour vous tout seul, ce serait fait tout de suite et ce serait beaucoup plus joli. Mais cela m'entrave de penser que des gens comme M. X... par exemple, iront promener là-dedans leur grosse intelligence bourgeoise en se demandant ce que j'ai bien voulu prouver.
LOTI, Journal, 1878-81, p. 162.
Gros bon sens. Bon sens un peu rudimentaire :
24. ... vous êtes une Parisienne exceptionnelle et rayonnante, qui sait tout, qui lit tout, qui peut tout dire et tout juger. Car c'est incroyable : vous auriez le droit d'être frivole, évaporée, aérienne, et vous avez du bons sens, du gros bon sens.
RENARD, Comédies, Pain mén., 1899, p. 70.
Gros mot.
a) Usuel. Mot grossier ou trivial. Dire des gros mots. Certains, sans faire attention, mettent des gros mots dans la bouche des enfants (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 30) :
25. Derrière le comptoir, des garçons (...) ou des jeunes femmes généralement jolies, tout ébouriffées, (...) et qu'on pelotte de la main, de la canne ou du parapluie, avec de gros rires et apparemment de gros mots, qui sont loin de les effaroucher.
VERLAINE, Corresp., t. 1, 1872, p. 61.
b) Mot emphatique. Synon. usuel grand mot :
26. — J'admets très bien que ruiné, dépouillé, raclé, jusqu'à l'os, et légalement désarmé contre les prêteurs et les rapaces, on se fasse justice soi-même.
— Par l'assassinat?
— Voilà un gros mot. Disons par le meurtre...
FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 208.
Grosses vérités. ,,Vérités si palpables que tout esprit peut les saisir`` (Ac. 1835-1932).
2. [En parlant d'une pers., ou d'un ensemble de pers.] Qui manque de finesse d'esprit. De gros vaudevillistes (GONCOURT, Journal, 1856, p. 234) :
27. Victor Pellerin était un excellent directeur de théâtre. Il choisissait fort bien ses pièces (...). Il n'était pas tenu de suivre le goût du gros public; il se souciait seulement de plaire aux connaisseurs; et il y réussissait assez bien.
A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 548.
3. Dans le domaine de l'art, de la littérature Qui manque de finesse. La Débâcle de Zola. Çà et là, un épisode d'un gros drame de boulevard; mais dans tout le volume, pas une page de grand écrivain (GONCOURT, Journal, 1892, p. 276) :
28. Jacques Mauclair est inoubliable [dans L'Éternel mari]. On croit d'abord à une caricature, mais il est impossible de caricaturer certains types humains, car plus le trait est gros, plus il est vrai; or, dans bien des cas, on ne rejoint le vrai que par l'excès.
GREEN, Journal, 1955-58, p. 124.
REM. 1. Grossement, adv. D'une manière sommaire ou qui manque de finesse. Plaisanter grossement. Le trousseau était magnifique en linge, robes, argenterie, mais grossement magnifique (DURANTY, Malh. H. Gérard, 1860, p. 238). On ne conçoit même pas quelles opérations de l'esprit (...) auraient pu déduire de la connaissance, même la plus savante, du passé, une idée, même grossement approximative, de ce qu'est 1932 (VALÉRY, Variété IV, 1938, p. 139). 2. Grosset, adj., fam. [En parlant d'une pers.] Un peu gros. [P. réf. à St Simon, Mémoires, 1740-1755, éd. A. de Boilisle, Paris, Hachette, VI, p. 60] Brissac, qui savait beaucoup avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset (LA VARENDE, Saint-Simon, 1955, p. 14). 3. Grossium, subst. masc., arg. Personnage important par sa fortune, l'influence qu'il a dans son milieu. On gagne cent fois plus par le trafic que par le boulot... Les affaires normales nous ennuient. Regarde tous les anciens grossiums du marché noir (H. BAZIN, Lève-toi, 1952, p. 103.). [Dans l'avenue d'Iéna] Je m'étais mis à gamberger sur la vie des grossiums qui créchaient dans ce coin (SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 210).
Prononc. et Orth. : [], fém. []. ,,Devant -ss- primitif, o se prononce fermé et long (ou demi-long en syllabe inaccentuée) : fosse, grosse, adosser, dossier, grosseur, grossier, grossir`` (BUBEN 1935, § 53). Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) ca 1100 « de volume ou de dimensions importantes » (Roland, éd. J. Bédier, 3159); b) ca 1100 grosse cume p. compar. « de volume ou de dimensions aussi importantes que » (ibid., 3153), d'où « du volume ou de la taille de » 1678-79 (LA FONTAINE, Fables, IX, 4, Œuvres, éd. H. Régnier, t. 2, p. 377 : qui n'est pas gros comme mon petit doigt); c) 1er quart XIIIe s. par transposition « de volume sonore important » (RECLUS DE MOLLIENS, Charité, 118, 3 ds T.-L.); d) fin XIVe s. « qui appartient à la catégorie de ce qui a des dimensions importantes » ici subst. le gros « le gros gibier » (E. DESCHAMPS, Poésies, DCCCLXXXVI, 2, éd. De Queux de Saint-Hilaire, t. 5, p. 71); 1538 gros bestiail (EST. s.v. Armentum); 2. a) 1130-40 fém. grosse « enceinte » (WACE, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 954); b) fin XIIe s. au propre « enflé, gonflé » (Flore et Blancheflor, éd. M. Pelan, Ire version, 2626 : Si oill sont gros por le plorer); c) ca 1165 « dont le volume est augmenté, gonflé » au fig. (avoir) le cuer gros « être courroucé, en colère » (B. DE STE-MAURE, Troie, 8061 ds T.-L.) aussi « être valeureux, courageux ou orgueilleux » (cf. T.-L.), 1640 dans l'expression du chagrin le cœur gros de soupirs (CORNEILLE, Cinna, IV, 1, Œuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 3, p. 433); d) ca 1165 mer grosse « mer enflée par la tempête, houleuse, agitée » (B. DE STE-MAURE, op. cit., 27585, ibid.), d'où mil. XIIIe s. gros tans « mauvais temps, tempête » (JEAN DE TUIM, Jules César, 81, 13, ibid.); e) 1450-65 être gros de « être empli du désir de » (Pathelin, éd. Holbrook, p. 12, vers 220 ds IGLF); f) 1549 « qui contient en puissance, qui annonce, qui va engendrer » nues grosses de gresle (RONSARD, Hymne de France, vers 160, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 32); g) 1718 « grossi pour impressionner » faire le gros dos au fig. (LE ROUX, Dict. comique, p. 254 ds IGLF : faire le gros dos; c'est à dire, s'enfler de vanité, d'orgueil); av. 1784 faire les gros yeux (DIDEROT d'apr. POUGENS ds LITTRÉ); 1837 faire la grosse voix (BALZAC, Illus. perdues, p. 19 : une de ses amies qui avait mis des voleurs en fuite en faisant la grosse voix); 3. a) ca 1150 « rude, grossier » gros moz « paroles insultantes » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4902); b) 1174 « brut, de consistance peu fine » (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, 3936); c) ca 1265 au fig. « sans finesse d'esprit » (BRUNET LATIN, Trésor, éd. F. J. Carmody, II, 70, p. 248); d) 1269-78 « évident, facile à comprendre » (J. DE MEUNG, Rose, éd. F. Lecoy, 17365); 4. a) ca 1210 « important par sa position sociale, ses richesses ou son pouvoir » gros roi « grand roi » (Foulque de Candie, 6661 ds T.-L.); b) ca 1274 « important, intense » grosse paine (ADENET LE ROI, Berte, éd. A. Henry, 19); c) 1280 « important, conséquent » (promesses) grosses (Clef d'Amour, éd. Doutrepont ds T.-L.), cf. aussi 1306 la besoigne est grosse (JOINVILLE, St Louis, éd. N. L. Corbett, § 419); d) 1690 « le plus important » gros lot (FUR.); 5. a) ca 1225 avec une valeur amplificatrice « entière, totale » une leue grosse (PEAN GATINEAU, St Martin, 4284 ds T.-L.); b) 1440-75 au fig. avec une valeur amplificatrice renforçant un adj. grosse entiere foi, bon gros léal homme (G. CHASTELLAIN, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 195 et p. 269), 1661-79 renforçant l'expression d'une caractéristique, d'une qualité ou d'un état une grosse dupe, une grosse bête (RETZ, Œuvres, éd. A. Feillet, J. Gourdault, R. Chantelause, III, 368 ds IGLF); c) 1796 (couleur) « intense, foncée » (Pièces d'Orgères, I-17-49 r° 1, ibid.); 6. 1740 prob. d'apr. le sens 5 avec une valeur iron. ou affective mon gros ami (CAYLUS, Guillaume, Œuvres badines, éd. 1787, X, 29, ibid.); 1808 subst. mon gros (à un enfant) (HAUTEL). B. Emploi subst. 1. 1er quart XIIIe s. subst. masc. (ou fém.) « personne corpulente » (RECLUS DE MOLLIENS, Charité, éd. A. G. Van Hamel, 133, 4); 2. 1er quart XIIIe s. subst. masc. « celui qui est riche ou puissant » (ID., ibid., 200, 7). Du b. lat. grossus, terme pop. correspondant au lat. class. crassus (gras), attesté au 1er s. au sens de « gros, épais » et dès le lat. chrét. au fig. au sens de « rude, grossier » (v. FEW t. 4, p. 280 et 281); alors que crassus supplantait pinguis au sens de « gras », grossus est passé dans les lang. rom. avec le sens plus gén. de « gros, de fortes dimensions » qui le met parfois en concurrence, en fr., avec grand (v. FEW t. 4, p. 280 et 281).
STAT.Gros1, v. gros3. Grosse. Fréq. abs. littér. : 7 498. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 6 842, b) 15 400, XXe s. : a) 13 365, b) 9 759.
DÉR. Grosserie, subst. fém. a) Technol. ,,Nom générique des gros ouvrages que font les taillandiers`` (Ac. 1835-1932). En partic. Ouvrage important d'orfèvrerie et, notamment, vaisselle d'argent. Nous ne pouvons que nous limiter aux orfèvres proprement dits, chargés de la « grosserie » en métaux précieux (GRANDJEAN, Orfèvr. XIXe s., 1962, p. 22). b) Vx. Commerce de gros. Marchand qui fait de la grosserie (LITTRÉ). []. Ds Ac. dep. 1762. 1res attest. a) 1453 « gros œuvre » charpentier en grosserie (Document ds L. LOTTIN, Recherches historiques sur la ville d'Orléans, I, 308 ds IGLF); 1554 spéc. « gros ouvrages en argent » (Edit de Henri II, mars 1554 art. VII ds HAVARD); b) 1611 « commerce de gros » (COTGR.); de gros1, grosse adj., suff. -erie.
BBG. — BENVENISTE (É.). Mécanismes de transpos. In : [Mél. Frei (H.)]. Cah. F. Sauss. 1969, n° 25, pp. 5556. - GRUNDT (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. BergenOslo-Tromsø, pp. 115-119, 390-391, 394-400. - QUEM. DDL t. 15 (s.v. bon sens [gros-]). - SPITZER (L.). Über französisch gros. Z. fr. Spr. Lit. 1933, t. 57, pp. 67-76.
II.
⇒GROS2, subst. masc.
A. — [En parlant d'une chose]
1. [De son volume] La partie la plus grosse. Le gros de l'arbre (le tronc) (Ac. 1798-1932).
Expr. fig., vx. S'attacher, se tenir au gros de l'arbre. ,,Demeurer attaché à ce qui est le plus ancien, ou le plus généralement établi`` (Ac. 1835, 1878) :
1. On est forcé, quand on cite du saint François de Sales, de retrancher bien des nuances et des finesses qui sont le plut délicat de la pensée (...). Il suffit ici que nous nous attachions au gros de l'arbre et à la principale branche.
SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 8, 1851-62, p. 279.
2. [De son importance ou de sa difficulté] La partie essentielle. Le gros du travail; le gros de l'affaire, de l'histoire. Faites seulement le plus gros, je me charge du reste (Ac. 1835-1932). Autrefois les habitants de Cologne ne travaillaient pour ainsi dire pas. Le gros de leur besogne était fait par les lutins (BARRÈS, Génie Rhin, 1921, p. 46) :
2. Quand je vous verrai, je vous raconterai bien en détail ces jours de profondes misères, ces luttes dont vous ne connaissez que le gros, car je ne vous ai fait que des bulletins.
BALZAC, Lettres Étr., t. 1, 1850, p. 369.
3. [De sa valeur en argent] Il est entendu que le propriétaire du bâtiment, je parle de notre maison, va recevoir le plus gros de l'indemnité (DUHAMEL, Notaire Havre, 1933, p. 157).
4. [De son intensité] Le moment le plus fort. Le gros de l'été, de la pluie, de la tempête. Dans cette cave, au gros de l'hiver, en plein courant d'air, je suais (SARTRE, Mur, 1939, p. 18). Pendant la nuit il tomba une ou deux petites averses; mais le gros de l'orage éclata plus haut, dans les combes solitaires de la montagne (BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 176).
Au gros de, loc. adv., vieillie. Au milieu de, au cœur de. Synon. au fort de. ,,Au gros de l'hiver, de la tempête..., « à son moment le plus intense » `` (REY-CHANTR. Expr. 1979).
En partic. Le gros de l'eau. ,,La pleine mer au temps des fortes marées`` (DG).
B. — [En parlant d'un ensemble d'êtres animés] Le plus grand nombre. Le gros de l'armée, de l'assemblée, de la nation; le gros des moutons; le gros du monde (vx). Aussitôt les derniers élèves sortis, les deux portes s'étaient refermées. Le gros des marmots enfin se dispersa (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Coup d'état, 1882, p. 181). Concentrer le gros de nos forces dans la partie nord du théâtre des opérations (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 190).
Absol., vx. Un gros de. Un assez grand nombre de. Un gros de fantassins (Ac. 1835-1932). Une belle nuit de mai, le duc de Lorraine se mit en campagne avec un gros de cavaliers (LORRAIN, Sens. et souv., 1895, p. 262) :
3. À Paris et dans les provinces on a arrêté un très petit nombre de tapageurs qui avaient sous leurs ordres ou sous leur influence un gros d'imbéciles.
MÉRIMÉE, Lettres à E. Ellice, 1858 ds R. Universelle, t. 38, 1929, p. 318.
C. — Spécialement
1. Revenu fixe d'une cure ou revenu principal d'un chanoine. Le casuel de cette cure est plus considérable que le gros (Ac. 1798-1932). Le gros de ce canonicat était considérable (Ac. 1835-1932).
2. Étoffe de soie, plus forte que le taffetas ordinaire. Marie Cressé portait des cotillons en gros de Naples, en ratine de Florence ou en moire (A. FRANCE, Génie lat., 1909, p. 98). L'hiver, les vents coulis étaient arrêtés par les doubles portières en gros de Tours de la Bibliothèque (MORAND, P. de Saligny, 1947, p. 134).
3. COMM. Le commerce de gros et, p. ell., le gros. L'achat et la vente de marchandises par quantités importantes. Marchand en gros, marchand en demi-gros; prix de gros; maison de gros; acheter en gros, vendre en gros. À gauche, la cabane d'Aristée, surmontée de cette enseigne : « Aristée, fabricant de miel, gros et détail, dépôt au mont Hymette. » (CRÉMIEUX, Orphée, 1858, I, 1er tabl., p. 3).
4. HISTOIRE
a) Droit dû aux fermiers des aides pour chaque muid de vin que l'on vendait en gros. Prendre tant pour le gros (Ac. 1798-1932).
b) Ancienne mesure de poids, égale à la huitième partie de l'once. Deux gros d'arsenic (GOZLAN, Notaire, 1836, p. 205). Je ne fus pas plutôt seul que je cherchai dans le dictionnaire ce que c'était qu'un décagramme : dix grammes, ou deux gros, quarante-quatre grains (MALOT, R. Kalbris, 1869, p. 65).
c) Ancienne monnaie, de valeur variable. Gros d'Angleterre :
4. ... Jacques d'Arc signa, comme doyen (...), l'acte par lequel le damoiseau extorquait à ces pauvres gens le paiement annuel de deux gros par feu entier et d'un gros par feu de veuve (...) deux cent vingt écus d'or...
A. FRANCE, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 29.
Prononc. et Orth. V. gros1. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 el gros « dans la partie la plus grosse, la plus épaisse » (Roland, éd. J. Bédier, 2295); 2. ca 1265 « l'ensemble, le tout » (PH. DE NOVARE, Quatre Ages, 231 ds T.-L.); 1549 « la partie la plus importante » le plus gros est faict (EST.). B. 1. Ca 1340 désignant une monnaie, v. groschen étymol., cf. aussi fin XIIIe s. adj. qualifiant une monnaie gros tournois (ADAM DE LA HALLE , éd. De Coussemaker, Motets, p. 245); 2. 1606 désignant un poids correspondant à celui de la pièce de monnaie (NICOT). C. 1379 « revenu d'une redevance » (Lit. remiss. ann. 1379 ex Reg. 115 Chartoph. Reg., ch. 321 ds DU CANGE, s.v. grossum1). D. 1391 « tissu à gros grain » (Archives du Nord, B 11498, fol. 10 ds IGLF : 1 demy de blanc drap de vilain gros); 1586 gros de Naples « étoffe de soie plus forte que le taffetas » (Rec. Documents, éd. E. Drot ds HÖFLER 1967, p. 107). E. 1704 « commerce en gros » (Trév.). Substantivation de gros1. B serait une appellation due à l'épaisseur caractéristique de la pièce de monnaie, v. groschen étymol. C est empr. au lat. médiév. grossum, neutre subst. de grossus désignant le revenu annuel d'un bénéfice (cf. DU CANGE, s.v.). E se rattache à la loc. en gros « en grande quantité » (gros3 étymol. 1). Bbg. QUEM. DDL t. 9 (s.v. gros d'Angleterre).
III.
GROS3, adv.
A. — Dans de grandes dimensions. Des verres de lunettes qui permettent de voir gros (Lar. Lang. fr.).
Au fig. :
1. Il [Hugo] voit dans les canons des Invalides des canons énormes, béants; et ce sont de longs canons minces, presque des couleuvrines de loin, (...); il est vrai que je vois en petit, mais Hugo, lui, voit gros.
SAINTE-BEUVE, Poisons, 1869, p. 41.
Écrire gros. Écrire en formant des caractères hauts et larges. Il écrit le plus gros qu'il peut (Ac. 1878-1932).
Rem. On relève également écrire en gros : Florent, qui avait une belle main, préparait (...) des bandes de papier, sur lesquelles il écrivait, en gros et en demi-gros, des mots très longs (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 736).
B. — Fam. Beaucoup.
1. [En parlant d'une chose mesurable] Rapporter gros. Reste avec moi, lui dit Fouqué (...). Tu sais l'arithmétique mieux que moi, tu tiendras mes comptes. Je gagne gros dans mon commerce (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 73) :
2. Je n'ai quasiment plus de force... Et puis, la femme qu'est malade, qui ne quitte plus son lit... et qui coûte gros de médicaments!... On n'est guère heureux...
MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 78.
Expr. [Pour souligner l'importance qu'on attache à qqc.] Je donnerais gros pour... Ah! je donnerais gros pour être votre frère ou votre oncle pendant cinq minutes (AUGIER, Post-scriptum, 1869, VI, p. 135).
En partic. Jouer, parier, risquer gros. Engager de grosses sommes d'argent dans un jeu de hasard, un pari ou une affaire qui présente des risques. Si ses affaires tournaient mal pourtant! Un agent de change, qui donne de tels dividendes, joue et risque gros... (MAURIAC, Nœud vip., 1932, p. 59).
Expr. fig., fam.
Il y a gros à parier que... Il y a de bonnes raisons de penser que... :
3. La voilà qui entre dans ses soixante-dix-sept ans. Eh bien, il y a gros à parier qu'elle n'aura plus le temps de les dépenser à la maison, les 10 000 francs!
MARTIN DU G., Thib., Belle sais., 1923, p. 864.
Risquer gros. S'exposer à de graves difficultés. Il risquait gros, car la vieille sorcière ne pouvait pas le souffrir et l'eût fait sortir avec des coups de balai bien plutôt qu'avec des compliments (SAND, Pte Fad., 1849, p. 244).
Loc. Gros comme. Une quantité égale à. Voici une confiture verte, singulièrement odorante (...). Prenez-en gros comme une noix, remplissez-en une petite cuiller, et vous possédez le bonheur (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 334).
Expr. fig., fam. [Pour souligner l'exagération, la démesure de qqc.] Cosette mentait. — En voilà une qui est grosse comme le poing et qui ment gros comme la maison, s'écria le marchand (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 463). Le marié était un beau gars, Jean Patu (...). C'était avant tout, un chasseur frénétique, qui (...) dépensait de l'argent gros comme lui pour ses chiens, ses gardes, ses furets et ses fusils (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Farce norm., 1882, p. 63).
En partic. [Pour souligner l'exagération, l'emphase d'un propos, d'une flatterie] Appeler qqn « Monsieur », gros comme le bras (/comme la cuisse). Cf. bras I A 1 anat. :
4. Au revoir, petite reine, à bientôt, au grenier de nos pauvres (...). Mettez votre robe à grande queue et vos souliers à talons! Je leur ai promis, gros comme le bras, une grande princesse, plus puissante que tous les puissants de la terre.
NERVAL, Corresp., 1830-55, p. 190.
2. Expr. fig. [En parlant d'une chose non mesurable]
En avoir gros sur le cœur, sur la patate (pop.). Avoir beaucoup de chagrin, de dépit, de rancune. Que Racine devait en avoir gros sur le cœur. Il lâche d'un coup tout le venin qu'il accumulait contre les dévots ennemis de son œuvre (MAURIAC, Vie Racine, 1928, p. 67).
En avoir gros sur la conscience. Avoir des fautes graves à se reprocher. La pauvre petite, la crapule, l'adorée, elle en avait gros sur la conscience! (ARNOUX, Rêv. policier amat., 1945, p. 108).
C. — Loc. adv. En gros
1. Sans entrer dans le détail. C'est vrai en gros; voilà en gros comment les choses se sont passées. L'histoire de Moïse, telle qu'elle se trouve dans l'Exode (...), était en gros comme nous la lisons (RENAN, Hist. peuple Isr., t. 3, 1891, p. 241).
2. Selon une évaluation approximative :
5. — Sonchelles cote aujourd'hui... Enfin tu as sûrement vu le cours d'ouverture... dit Noël. — Non, je n'ai pas vu, répondit Lulu. — Deux mille vingt-cinq, reprit Noël. Prenons deux mille pour simplifier. L'affaire vaut donc aujourd'hui en gros un milliard.
DRUON, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 50.
Prononc. et Orth. V. gros1. Étymol. et Hist. A. Loc. adv. En gros. 1. 1re moitié XIIIe s. « en grande quantité » (JEAN BEDEL, Li sohaiz desvez, 27 ds Rec. de fabliaux, éd. Montaiglon et Raynaud, 5, 187); 2. XIIIe s. « sans entrer dans les détails » se dit d'une confession non détaillée (Sermons du XIIIe s., éd. Hauréau, Not. et Extr., XIII, 316 ds T.-L.). B. 1678-79 « beaucoup » gagner gros (LA FONTAINE, Fables, VII, 15, éd. H. Régnier, Œuvres, t. 2, p. 182). Emploi adv. de gros1 adjectif.
STAT. Gros1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 11 366. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 11 506, b) 19 290; XXe s. : a) 21 090, b) 15 498.

gros, grosse [gʀo, gʀos] adj., adv. et n.
ÉTYM. 1080; du lat. impérial grossus « gros, épais », du lat. class. crassus « épais, dense » (→ Gras), remplaçant pinguis.
———
I Adj.
A
1 Choses. (Avant le nom, en épithète). Qui, dans son genre, dépasse la mesure ordinaire, soit par l'ensemble de ses dimensions (volume ou surface), soit, en parlant de choses plates ou allongées, par son épaisseur, sa section (opposé à petit). || Une grosse pierre (→ Cailloutage, cit.). || Gros nuage, grosse vague. Large; → Filtre, cit. 1. || Grosse larme (→ Brûlant, cit. 3).Loc. À gros bouillons (cit. 2 et 3).Gros anneau (cit. 10). || Grosse boucle (cit. 3).(Objets cylindriques). Épais. || Gros fil. || Grosse aiguille. || Grosse barre. || Gros bâton.(Objets de forme quelconque). || Gros paquet. || Grosse valise. Volumineux.Une grosse voiture. || Un gros camion (par métaphore, gros cul). || Un gros bateau (→ Canal, cit. 5). || Gros canon (cit. 3). || Gros livre (→ Avis, cit. 9; cahier, cit. 4).Grosse écriture (cit. 5), gros caractères. || Les gros titres d'un journal.Fruit à grosse peau. Épais. || Du gros cuir, du gros carton. || Grosse couverture. || Gros bas de laine. || Gros cache-nez (cit.).Un gros arbre (→ Entour, cit. 1).Animaux. || Un gros bœuf (cit. 4), un gros taureau (→ Aurochs, cit. 1). || Gros chat (→ Angora, cit. 2; arbitre, cit. 5). || Gros rat (→ Cavalerie, cit. 3). || Gros oiseau (→ Albatros, cit. 2). || Grosse araignée (→ Araignée, cit. 11; fil, cit. 27). || « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » (La Fontaine, Fables, I, 3).Avec un nom d'animal, dans des appellatifs fam. || Mon gros lapin, mon gros rat. || Gros minet !
2 Personnes. (Avant ou après le nom). Qui est plus large ou plus gras que la moyenne des personnes (opposé à maigre, mince…). Corpulent (cit. 1), empâté, énorme, épais, fort, gras, massif, obèse, pesant, puissant, rebondi, replet, rond, rondelet, ventripotent, ventru; fam. gravos; → Enfoncer, cit. 48. || Personne grosse et courte ( Boulot, courtaud, ragot, trapu; → Court, cit. 5), grosse et grande. Colossal, important, imposant, maous (fam.), mastar (fam.), mastodonte.Être gros et gras (cit. 11). || Un homme gros et flasque ( Bouffi, boursouflé). || Un gros homme, un homme gros, assez gros, très gros. || Un gros mec, un gros type. || Un gros bibendum. || Un gros père (→ Caleter, cit. 1), un gros pépère, un gros garçon. Patapouf, pataud, piffre, poussah; → Bœuf, cit. 10. || Grosse femme (femme grosse ne peut s'employer, à cause de l'ambiguïté avec le sens I, B, 3). || Une grosse bonne femme. || Une grosse fille (→ Camard, cit. 1). || Une grosse dame (→ Caramel, cit.). || Grosse dondon, grosse mémère. || Femme bien en chair sans être grosse. || Un gros bébé. Joufflu, potelé. || Être gros, grosse comme un bœuf (cit. 11), une vache, un éléphant, une baleine. → C'est un éléphant, une baleine… || Monstrueusement gros. Monstrueux. || Personne sans taille, grosse comme une boule, une barrique, une bonbonne, un tonneau, un pot à tabac, une tour. || Porter une gaine pour paraître moins grosse. || Il est trop gros pour sa taille. || Personne trop grosse qui voudrait maigrir, qui fait une cure d'amaigrissement.Avec un nom propre. || Le gros Un tel (→ Cerner, cit. 3). || La grosse Margot. (Dans des sobriquets). Anciennt. || Gros René. (Mod.). || Le gros Jules. — ☑ Loc. fig. Être Gros-Jean comme devant (cit. 20). Gros-Jean. || Louis le Gros : Louis VI de France, qui était devenu très gros en vieillissant.
1 (…) Madame Bouvillon (…) était une des plus grosses femmes de France, quoique des plus courtes; et l'on m'a assuré qu'elle portait d'ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair, sans compter les autres matières pesantes ou solides qui entrent dans la composition d'un corps humain.
Scarron, le Roman comique, p. 198.
2 Il devient gros et gras : Dieu prodigue ses biens
À ceux qui font vœu d'être siens.
La Fontaine, Fables, VII, 3.
2.1 La sixième (fille) était du même âge; grosse comme une tour, grande à proportion, de beaux traits, un vrai colosse dont les formes étaient dégradées par l'embonpoint (…)
Sade, Justine…, t. I, p. 145.
3 On disait de l'avant-dernier évêque d'Autun, monstrueusement gros, qu'il avait été créé et mis au monde pour faire voir jusqu'où peut aller la peau humaine.
Chamfort, Caractères et Anecdotes, Obésité évêque d'Autun.
4 Il était gros, marchait avec peine, soufflait beaucoup et souffrait affreusement des pieds qu'il avait fort plats et fort gros.
Maupassant, Contes de la Bécasse, Aventure de Walter Schnaffs.
5 Il était fabuleusement gros, et grand en proportion : la tête carrée, les cheveux roux, taillés ras, la figure rasée, grêlée, gros yeux, gros nez, grosses lèvres, double menton, le cou court, le dos d'une largeur monstrueuse, le ventre comme un tonneau, les bras écartés du corps, les pieds et les mains énormes, un gigantesque amas de chair, déformé par l'abus de la mangeaille et de la bière, un de ces pots-à-tabac, à face humaine, comme on en voit rouler parfois dans les rues des villes de Bavière (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, La révolte, III, p. 575.
3 En parlant des parties du corps. (Avant le nom). De taille plus importante que la moyenne (sens 1), que ce soit ou non du fait de la graisse, de l'embonpoint (sens 2). || De grosses fesses. || Un gros cul. || Un gros ventre. Arrondi, bombé, épanoui, renflé. || Avoir une grosse tête (→ Bosse, cit. 4; enfoncer, cit. 50), de gros os, de gros membres ( Membru). — ☑ Une grosse tête (personne); avoir la grosse tête. Tête. — ☑ Loc. Faire une grosse tête à qqn.Gros mollets; grosses chevilles. || Grosse main. Pote (main pote). || Gros cou (→ Cou de taureau). || Grosse poitrine. Ample, opulent. || Grosse figure. Plein; → Lune. || Avoir de grosses joues : être joufflu. || Avoir un gros menton (→ Double, triple menton), un gros nez (→ Aquilin, cit. 1). || Nez gros du bout (→ Flavescent, cit.). || Grosses lèvres. Charnu, épais; → Épaté, cit. 10. || De gros yeux ronds. Globuleux; → Fixité, cit. 3. — ☑ Loc. fig. Faire les gros yeux ( Œil).Avoir les yeux plus gros que le ventre ( Ventre). — ☑ Un gros bras (personne). Bras. — ☑ Faire le gros dos.
4 (Au sens 1 ou 2). Gros exprimant les dimensions relatives (de qqch. ou de qqn). || Être gros comme le poing, comme la tête… || Un caillou gros comme le bout du doigt (→ Avalanche, cit. 4), un gravier gros comme une tête d'épingle. || Faucon (cit. 1) gros comme une poule.Iron. || Il est gros comme une puce, comme un fil ! — ☑ Fig. Gros comme le bras (cit. 16), comme les deux bras (cit. 17). Bras.
6 Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf (…)
La Fontaine, Fables, I, 3.
7 Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt (…)
La Fontaine, Fables, IX, 4.
7.1 (…) les artichauts devenaient gros comme des melons, les melons gros comme des citrouilles, les citrouilles grosses comme des potirons, les potirons gros comme la cloche du beffroi, qui mesurait, ma foi, neuf pieds de diamètre.
J. Verne, le Docteur Ox, p. 72.
5 (Fin XIVe). Dans des syntagmes désignant une sorte, une catégorie de grande taille (par rapport à une autre). || Gros grains : froment, méteil et seigle. || Gros sel. || Gros pain. || Grosse mouche. || Gros gibier, gros bétail. || Les gros mammifères. || Les grosses dents : les molaires. || Le gros intestin. || Une grosse caisse.
Grosse artillerie : artillerie de gros calibre — ☑ La grosse cavalerie.
Les gros murs, formant l'enceinte d'une construction.Gros plan, au cinéma.Les grosses et les petites cylindrées (d'automobiles).
B
1 Gros de… : qui dépasse son volume habituel, qui est temporairement, anormalement gros. || Avoir la joue grosse d'une fluxion (Académie). Enflé, grossi. || Avoir les yeux gros de larmes.Fig. || Cœur (cit. 27) gros de soupirs, de colère (cit. 7), qui semble gros, qui oppresse.
8 Le cœur gros de soupirs, qu'il n'a point écoutés (…)
Racine, Phèdre, III, 3.
9 Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Le voyage ».
10 Avec une obstination douce et suppliante, elle se taisait, la bouche serrée et les yeux gros de larmes.
France, Les dieux ont soif, V.
2 Sans compl. en de. Grossi. || Cheville grosse après une foulure. Enflé. || Avoir, se sentir le ventre gros après un bon repas. Ballonné, gonflé. — ☑ Loc. fig. Le cœur gros. — ☑ Pop. Ça fait gros cœur : cela fait de la peine.
Mar. || Grosse mer : mer houleuse dont les vagues s'enflent (→ Calme, cit. 4).Gros temps : mauvais temps, avec de fortes vagues.
11 La mer était grosse et le ciel brumeux.
Mérimée, Tamango.
12 Sans doute les hommes de garde avaient aperçu le vaisseau naufragé; mais le gros temps les empêchait de virer de bord.
Mérimée, Tamango.
3 Adj. fém. (1140). Après le nom. || Grosse. || Femme grosse (XIIe). 2. Enceinte; grossesse.Vieilli. || Être grosse à pleine ceinture (Académie). || Rendre grosse. Engrosser.REM. 2. Enceinte tend à éliminer grosse, en ce sens.
13 C'est ma sœur Lise qui est allée avec le cousin Buteau, et qui est grosse de six mois, à cette heure (…)
Zola, la Terre, I, I.
4 Fig. || Gros de… a Vx. || Être gros de… : avoir envie de…
b Mod. || Gros de… : qui recèle (certaines choses) en germe, en puissance. || Nuée grosse d'orage. || Un fait gros de conséquences (cit. 6).
14 Le présent est gros de l'avenir (…)
Diderot, Opinions des anciens philosophes.
15 Monsieur de Nueil revint donc de Courcelles, en proie à un sentiment gros de résolutions extrêmes.
Balzac, la Femme abandonnée, Pl., t. II, p. 228.
16 Ce discours est gros de choses.
Sainte-Beuve, Proudhon, p. 42.
C (XIIIe). Choses. (Avant le nom).
1 Abondant, important (opposé à petit).
a Grosse averse, grosse chute de neige. Abondant. || Un gros feu. Nourri. || Grosse récolte. || Acheter par grosses quantités. || Gros bourg, gros village (→ Accoucher, cit. 2). || Gros attroupement. Par anal. || Gros appétit, qui ne se satisfait que par une grande quantité de nourriture.
Qui dépasse ou semble dépasser la mesure exprimée. || Un gros kilo. || Un gros quart d'heure. Bon, grand.
17 Le désordre fut à son comble, comme disent les journaux en parlant de la Chambre. Au bout d'un gros quart d'heure le silence se rétablit un peu.
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, XXIII.
b Considérable, immense, important. || Une grosse fortune, un gros trésor (→ Cache, cit. 1, Saint-Simon). || Grosse somme, gros héritage.Le gros lot. || Faire de grosses dépenses. Excessif. || Subir de très grosses pertes. || Grosse situation. || Grosse affaire, grosse usine. || Jouer gros jeu (→ Croupier, cit. 2; et ci-dessous, Gros, II., adv.).
c Grand, par son importance ou le caractère essentiel de son objet. || Gros travaux, gros ouvrage (→ Architecture, cit. 6). || Faire de grosses réparations. || On déplore de gros dégats. — ☑ Loc. Gros œuvre. || Grosses réparations, concernant les parties essentielles d'une construction, le gros œuvre, etc. || Grosse industrie. Lourd. || La grosse informatique. || Grosse chaudronnerie.Un gros contrat, un gros marché, une grosse affaire.Le plus gros est fait. Essentiel, principal.
2 Dont les effets sont importants. Fort, intense. || Un gros bruit (→ Floc, cit. 3).Grosse voix, forte et grave. || Faire la grosse voix pour gronder qqn. || Gros baiser. Appuyé, sonore; → Bonjour, cit. 3. || Gros soupir. Profond.Grosse faim.Grosse fièvre. Violent. || Gros rhume.
Important et susceptible de conséquences fâcheuses. Grave. || Avoir de gros ennuis, de gros soucis. || C'est une grosse erreur, une grosse faute. — ☑ Loc. fam. Il a fait une bêtise grosse comme lui, une très grosse bêtise.
Pénible. || Un gros chagrin (enfantin ou iron.). || Alors, c'est fini, ce gros chagrin ?
Vx ou littér. Gros mot : mot qui exprime une réalité importante, grave (→ ci-dessous, le sens mod. I, D).
18 J'en reviens à ton mot adultère. C'est quand même un bien gros mot.
Giraudoux, Électre, I, 2.
19 L'honneur… l'honneur… Avec toi, tout de suite des gros mots !
J. Anouilh, Ornifle…, II, p. 102.
REM. Sauf en franç. d'Afrique où le sens « mot grossier » est inconnu, ces emplois sont marqués, l'autre valeur de gros mot étant beaucoup plus courante. On dit en général grand mot, dans ce sens.
(D'une couleur). || Un gros bleu : un bleu intense.
Dr. || Prêt à la grosse aventure. Aventure (→ Assureur, cit. 1).
3 (Personnes). Qui est remarquable en tant que… || Gros buveur (cit. 1), gros mangeur : celui qui boit, mange en très grande quantité. Beau, grand. || Un gros travailleur. Grand.
20 — Il est l'heure de dîner, dit Laquedem, la marche excite l'appétit et je suis un gros mangeur.
Apollinaire, l'Hérésiarque…, p. 21.
REM. Cet emploi et le suivant peuvent créer une ambiguïté avec le sens I, A, 1 (un gros bourgeois et même un gros mangeur peuvent être maigres).
4 (Personnes). Important par le rang, par la fortune. Important, influent, opulent, riche. || Gros bourgeois, gros banquier, gros capitaliste. || Gros coulissier (→ Agent, cit. 14). || Gros commerçant, gros épicier (cit. 2). || Une grosse héritière (→ aussi, ci-dessous, III., Gros, n. m.). — ☑ Fam. Gros bonnet (cit. 11).Grosse légume.
21 (…) un procès pendant en la cour entre deux gros seigneurs (…)
Rabelais, Pantagruel, X.
22 Quelquefois le terme gros est mis au physique pour grand, mais jamais au moral. On dit de gros biens, pour grandes richesses; une grosse pluie, pour grande pluie; mais non pas gros capitaine, pour grand capitaine; gros ministre, pour grand ministre. Grand financier signifie un homme très intelligent dans les finances de l'État; gros financier ne veut dire qu'un homme enrichi dans la finance.
Voltaire, Dict. philosophique, Grand, Grandeur.
(Noms collectifs). || La grosse bourgeoisie, le gros capitalisme. Grand (gros étant légèrement péj. par rapport à grand).
Par métonymie. || Avoir une grosse situation. || Se faire « de grosses places dans l'État » (Péguy, in T. L. F.).Pop. || Faire un gros mariage, un mariage avec une personne riche et influente.
D (1174). Souvent péj.
1 Qui manque de raffinement, de finesse, de délicatesse. Commun, épais, grossier, ordinaire, rudimentaire. || Avoir de gros traits. || Forme grosse et massive (→ Embellir, cit. 3). || Gros drap (→ Bouton, cit. 7; cape, cit. 1). || Grosses chaussures, gros sabots (→ Cacher, cit. 7). || « Manger un bon gros bœuf ». Bon (cit. 10).Abstrait. || Grosse besogne (cit. 4). Pénible.Gros rire. || Grosse gaieté. || Grosse plaisanterie. || Grosse blague. Vulgaire.Grosses vérités : vérités évidentes pour tous.Gros bon sens. Simple, solide. || Vanter le gros bon sens du paysan français. || Grosse certitude (cit. 9). — ☑ Gros mot : mot grossier, choquant. Grossièreté; → Blesser, cit. 22. || Dire des gros mots. Spécialt, mod. Terme scatologique ou sexuel prohibé (notamment, dans le vocabulaire enfantin).
23 Il faut haïr et mépriser avec esprit. Les gros mots blessent le bon goût; le sot rire est toujours le rire d'un sot; il rend haïssable celui qui l'a.
Joseph Joubert, Pensées, VIII, LXXXI.
24 Il raconta une histoire qui débutait bien et qui finit tout à coup par un mot qui était une grosse bouffonnerie et par un calembour.
Stendhal, Romans et Nouvelles, « Le rose et le vert », IV.
25 Il était alors curieux de voir toutes ces figures noires se tourner vers le musicien, perdre par degrés leur expression de désespoir stupide, rire d'un gros rire et battre des mains (…)
Mérimée, Tamango.
26 (…) la plaisanterie y est assenée, les traits d'esprit y sont émoussés; une grosse jovialité ou une grosse colère en font tous les frais (…)
Taine, Philosophie de l'art, t. I, p. 253.
27 (…) il lui échappait un juron drolatique, ou même d'assez gros mots, — un très gros et très court, dont elle s'apostrophait elle-même.
R. Rolland, Jean-Christophe, La révolte, II, p. 468.
28 Tout me persuade de plus en plus que ces questions de stratégie dont on fait un si grand mystère et pour la solution desquelles on prétend que des connaissances extrêmement spéciales sont indispensables, sont des questions de gros bon sens — qu'un simple esprit, droit, lucide et prompt, est souvent plus habile à résoudre que nombre de vieux généraux.
Gide, Journal, 25 oct. 1916.
Loc. Un, du gros vin (→ Austère, cit. 1).Du gros rouge, du gros bleu, du gros qui tache : du vin rouge très ordinaire.
Du gros tabac. N. m. || Fumer du gros.Loc. fam. Du gros cul. 1. Gros cul.
(Personnes; œuvres). Sans finesse, grossier. || Le gros public. || « Un gros drame de boulevard » (Zola, in T. L. F.).
(En attribut). || C'est gros, c'est un peu gros.
(Avec une compar.). || Dire des bêtises grosses comme des montagnes; (loc.) grosses comme soi.
28.1 — Ça il y en a qui en tiennent une couche.
— Ils se croient malins, et ils ne disent que des bêtises, d'une taille… Et puis des plaisanteries, grosses comme eux.
R. Queneau, Pierrot mon ami, L. de poche, p. 22.
2 Avec une valeur emphatique, pour renforcer une qualification péj. Grand. || Gros fainéant (→ Extrait, cit. 4). || C'est un gros malin. || Gros lourdaud, gros bêta, gros nigaud, gros butor… || C'est une grosse bécasse.Dans des injures. || Gros cochon ! || Gros con !
———
II Adv. (XIIIe) et loc. adv.
1 Dans de grandes dimensions. || Écrire gros, avec de gros caractères. || Plume qui écrit gros, qui fait des traits larges. || On voit gros avec ces lunettes.
2 (XVIIe). Beaucoup. || Cela coûte gros. Cher. || Jouer, parier gros, une grosse somme. — ☑ En avoir gros sur le cœur, sur la patate (cit. 5; fam.) : avoir du chagrin, du dépit, de la rancune.
29 Je gagne gros dans mon commerce.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XII.
30 On s'accoutumait, il ne pleuvait ni ne ventait davantage, sans compter que la commune y économisait gros.
Zola, la Terre, IV, IV.
Fig. Il y a gros à parier que…
31 La police a constamment l'œil dessus. Elle y entretient des indicateurs de toute espèce. Votre logeuse… eh bien ! il y a gros à parier pour qu'elle en soit.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. I, XXI, p. 250.
Loc. fam. Gros comme une maison : énormément (s'emploie aussi en adj.). || Il y en a gros comme une maison (adj. : c'est gros comme une maison).De manière manifeste, patente, évidente. || Ça, on s'y attendait, on le voyait venir gros comme une maison (peut s'analyser aussi, dans cette construction, comme un attribut du complément d'objet).
3 Loc. adv. (1080). En gros. a En grandes dimensions. || C'est écrit en gros sur l'écriteau.
b En grande quantité. || Achat en gros; vente en gros ou au détail (→ Détail, cit. 1; et aussi entreprise, cit. 12; fleurir, cit. 15). || Acheter de la viande en gros (→ À la cheville).Fig. En gros et en détail : dans l'ensemble et dans le détail (→ Baisser, cit. 32).
c Dans les grandes lignes, sans entrer dans les détails. Grosso-modo. || C'est vrai en gros. Bloc (en bloc); ensemble (dans l'ensemble); globalement, vue (à vue de pays); → Admettre, cit. 9. || Savoir en gros ce qu'est une chose (→ Autre, cit. 144). || Dites-moi en gros ce dont il s'agit. Abrégé (en), grossement, substance (en). || Voilà l'histoire en gros.
32 (Il) ne m'a dit la chose qu'en gros (…)
Molière, les Fourberies de Scapin, II, 1.
33 Nous jouissions d'un imprévu limité, ce qui donnait une grande valeur à l'Histoire. Elle nous apprenait qu'il faut, en gros, s'attendre à ce qui a été.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 206.
34 Je pense que c'est fort bien ainsi, que c'est fort bien en gros et sous réserve de quelques objections.
G. Duhamel, Défense des lettres, II, VII.
———
III N. m. et f. (XIIIe). Désignant une personne.
1 Personne grosse. || Un petit gros. || Un bon gros. || Une bonne grosse.Fam. Un gros plein de soupe.Appellatif. || Mon gros, terme familier à l'adresse d'un enfant ou d'une grande personne (grosse ou non). || Oui, ma grosse. || « Mon pauvre gros » (Zola, in T. L. F.).
2 (Déb. XIIIe). Pop. ou plais. Personne riche, influente. || Les petits payent pour les gros. || Les gros s'entendent toujours au détriment des petits (→ aussi Compte, cit. 6).
35 Que peut-on gagner, répétaient-ils souvent entre eux, à plaider contre un gros ?
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, XXVI.
35.1 François. Oh !… les nuits d'amour, c'est dans les livres…, et puis c'est pour les gros…, pour ceux qui ne foutent rien…
J. Prévert, Dialogues du film Le jour se lève, in l'Avant-Scène, no 53, p. 24.
———
IV N. m. Désignant une chose.
1 (1080). || Le gros de… : la partie la plus grosse d'une chose. || Le gros de l'arbre : le tronc.Fig. Se tenir au gros de l'arbre : s'attacher à ce qu'il y a de plus sûr.Le gros de l'eau : la pleine mer au moment des nouvelles et pleines lunes.
La plus grande quantité de qqch. || Le gros de l'assemblée, de la nation. || Le gros de l'armée (→ File, cit. 8), des troupes.
36 Le gros de l'assemblée fut de l'avis du premier ministre.
Racine, Port-Royal.
37 En tête, une dizaine de partisans montés, une section de légion. Ensuite le gros des troupes, réguliers, convois, mitrailleurs.
P. Mac Orlan, la Bandera, XIII.
Absolt, vx. || Un gros : une grande quantité. || Un gros de cavaliers, de fantassins (Académie).
38 Un gros de courtisans en foule l'accompagne (…)
Corneille, Polyeucte, I, 4.
2 Le moment le plus intense. || Le gros de la tempête. || Le gros de l'été. Fort.
39 Là, le gros de la tempête avait concentré sa colère, déversé des torrents de grêlons, des trombes d'eau, et foudroyé à grands fracas la forêt de pins et de chênes.
H. Bosco, le Jardin d'Hyacinthe, p. 33.
40 Elle aurait voulu crier. Elle était sans voix. Elle tremblait comme au gros de l'hiver. Pierrot, Pierrot…
Aragon, les Beaux Quartiers, I, XXIV.
La partie la plus importante. Essentiel, important, principal. || Le gros d'un travail, d'une besogne (→ Charge, cit. 25). || Le gros de l'affaire, de l'histoire (→ Épisode, cit. 5).
3 (1704). || Commerce de gros, d'achat et de vente en grandes quantités (opposé à détail).Le gros. || Magasin qui fait le gros et le demi-gros. || Maison de gros ( Grossiste). || Prix de gros.
41 Les lettres d'or aux balcons des commerces de gros, baroques et lyriques, achevaient de déconcerter ses yeux neufs (…)
Aragon, les Beaux Quartiers, II, XXVI.
4 (1586; de gros tissu, 1391). || Gros de Naples, de Tours : tissu de soie à gros grain, sorte de taffetas épais.
42 (…) robes de gros de Tours flambé (…)
Hugo, les Misérables, V, V, VI.
43 (…) dans la robe de gros de Naples de sa mère avec un voile de crêpe de Chine (…)
M. Jouhandeau, Tite-le-Long, XXIV.
tableau Noms et types de tissus.
5 Houille en gros morceaux. || Se chauffer avec du gros.
6 (1606). Ancien poids valant 1/8 d'once.
7 Le gros : les plus grosses pièces de poissons pêchés à la ligne.Loc. Pêche au gros.
43.1 — Moi, le goujon, ça ne m'intéresse pas. J'aime mieux faire le gros, appuya Antoine.
René Fallet, le Triporteur, p. 298.
Pêche au tout gros (cf. l'anglais big game fishing) : pêche sportive de poissons de très grande taille (espadons, thons, requins), pratiquée le plus souvent à bord de vedettes rapides et puissantes spécialement conçues. || Championnat du monde de pêche au tout gros.
———
V N. f. || Grosse.
1 (1835). Écriture en gros caractères.
2 (1464). Dr. Expédition d'une obligation notariée ou d'une décision judiciaire, dont les caractères sont plus gros que ceux de la minute, et qui est revêtue de la formule exécutoire (cit. 3). Copie (cit. 3), expédition. || Notaire qui délivre la grosse d'un contrat. || Grosse d'un jugement. || Faire une grosse. Grossoyer.
44 La partie qui voudra se faire délivrer une seconde grosse, soit d'une minute d'acte, soit par la forme d'ampliation sur une grosse déposée, présentera, à cet effet, requête au président du tribunal de première instance (…)
Code de procédure civile, art. 844.
45 (…) s'il y a dix parties, il y a dix copies de la requête et dix significations de cette requête : il existe une minute que garde votre avoué. Cette minute, qui reste au dossier, s'appelle la grosse. Ce surnom, vous le prendriez pour un quolibet, un calembour, s'il vous était donné de voir la grosse. Cette grosse consiste en feuilles de papier timbré du grand calibre, sur lesquelles vos raisons sont déduites, selon l'ordonnance, à vingt lignes par feuilles et à cinq syllabes par lignes.
Balzac, Code des gens honnêtes, in Œ. diverses, t. I, p. 133.
3 (1453). Comm. Douze douzaines (→ Botteler, cit. 2). || Une grosse de peignes, de brosses.
46 La grosse, les douze douzaines, revenait à dix sous et se vendait soixante.
Hugo, les Misérables, V, IX, V.
CONTR. Délié, exigu, filiforme, fin, menu, minuscule, petit; chétif, efflanqué, fluet, frêle, maigre, mince, sec; creux, émacié. — Faible; bénin; délicat, fin; distingué, raffiné, recherché. — Petit, peu; détail (en). — Détail.
DÉR. Grossement, grosserie, grossesse, grosset, grosseur, grossier, grossir. — V. Grossiste; gravos. — (De grosse, V.) Grossoyer.
COMP. Gros-bec, gros-bois, gros-bout, gros cube, 1. gros cul, 2. gros cul, gros-grain, gros-guillaume, gros-noir, gros-porteur, gros-ventre, gros-vert. Menu-gros. — V. Grossium.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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